La station valaisanne a recouru aux services
de Paul Mathews, de Vancouver, un planificateur de domaines skiables
actif dans le monde entier.
“ Les dirigeants
des stations sont des hôteliers, des entrepreneurs, des avocats.
Moi, j'apporte un regard extérieur et neutre, alors qu'ils ont
tous des intérêts quelque part.” Ce jour de décembre,
dans le ciel éclatant de Zermatt, Paul Mathews est en tenue
de ski. Il profitera de l'après-midi pour faire quelques descentes
avant de regagner son pays, le Canada. Sa présence est discrète,
parmi les officiels et journalistes réunis pour l'inauguration
de la nouvelle télécabine du Matterhorn-Express, qui
relie le village valaisan au Lac noir. Lors de la conférence
de presse, son nom ne sera pas même prononcé.
Pourtant cette journée marque pour lui l'aboutissement
d'un processus de cinq ans. La revalorisation du Lac noir et du glacier
qui le surplombe obéit à ses recommandations. De profession,
Paul Mathews est planificateur de stations.
Un spécialiste
venu du Canada pour expliquer aux Valaisans ce qu'il fallait faire!
La chose n'a pas été facile à expliquer, se souviennent
les responsables de la station, qui évoquent les réactions
et les moqueries après leur décision de faire appel à la
firme Ecosign, fondée et dirigée par Paul Mathews. “Nos
guides sont des paysans, ils savent quand le soleil se lève”,
disait-on dans le village. Mais ce serait trop simple. “L'une
des premières choses que j'ai pu constater est que la station
exploitait mal ses zones d'ensoleillement”, relève le
planificateur.
La compagnie Matterhorn
Bahn a été la première à engager Paul Mathews,à l'initiative
de son patron d'alors, le Grison Reto Manzanell. C'était en
1997, avant la fusion des domaines skiables de Zermatt. La société était
dans l'impasse en raison des oppositions suscitées par un très
coûteux projet de “funétel”. Le bureau Ecosign
reçoit alors le mandat de présenter un masterplan pouvant
servir de base pour vingt ans.
Depuis sa première
venue à Zermatt, il y a cinq ans, Paul Mathews a vu l'histoire
s'accélérer. Au début, il a connu les rivalités
entre les entreprises du Cervin, du Gornergrat et du Rothorn, ce dernier
finissant par recourir également aux services du Canadien. Mise
sous pression par ses difficultés financières, la station
de Zermatt résiste à ceux qui la poussentà vendre
son patrimoine. Finalement, c'est la fusion des sociétés
de remontées mécaniques qui donnera une base suffisamment
solide pour un nouveau départ.
L'ouverture il y
a une semaine du nouveau Matterhorn-Express par la compagnie désormais
unifiée des Zermatt Bergbahnen AG, est un premier pas. La station
prévoit d'investir 125 millions de francs au total sur une période
de cinq ans. La nouvelle installation, avec ses cabines de 8 passagers,
permet de se rendre au Lac noir en douze minutes et de transporter
2800 personnes par heure. Fini le goulet d'étranglement de Furi,
qui tournait parfois au cauchemar et nuisaità l'attrait de la
station. Le renouvellement des installations du Hörnli et de Trockener
Steg-Furgsattel est prévu pour la saison 2003-2004, selon un
calendrier de priorités déterminé par le masterplan.
Paul Mathews a toujours
connu la montagne et la neige. Américain de naissance, il a
passé sa jeunesse dans le Colorado. Ses parents avaient fondé le
ski club de Breckenridge, localité devenue depuis une importante
station. Suivront desé tudes d'ingénieur forestier à l'Université de
Seattle (Etat de Washington). Rapidement, en 1975, il fondera son bureau
Ecosign, label né d'une contraction entre écologie et
design. “C'est l'époque où les écologistes
faisaient leur percée et je suis moi-même un enfant du
mouvement vert, assure-t-il. Consterné par les horreurs commises
par certaines stations, j'ai voulu montrer qu'ilé tait possible
de concilier développement et respect de la nature.” Les “masterplans” d'Ecosign
coûtent environ 100 000 francs, indique leur inventeur, et ont
pour élément central un modèle informatique tenant
compte des pentes, de la géologie, de la flore et de la faune.
Cette carte de visite
verte - qui a ses limites, comme on peut le voirà Zermatt où l'opposition
du WWF et de Pro Natura n'a pas désarmé - a assuréà Paul
Mathews et aux 20 collaborateurs de son équipe actuelle leur
entrée dans le monde entier. Parmi les réalisations dont
il est le plus fier, ses contributions pour la station canadienne de
Whistler, à 120 km de sa ville de Vancouver, et pour les sites
olympiques des J.O. d'hiver de Calgary (1998). En Europe, Ecosign est
présent de la Sierra Nevada au Tyrol et désormais jusqu'au
Caucase.
Paul Mathews avoue
que Zermatt n'est pas, pour le ski, sa station préférée.
Mais il y a le caillou, unique. Il n'est pas peu fier de l'avoir ajouté à son
curriculum: “Il n'y a que trois montagnes au monde... connues
de chacun. L'Everest, parce que c'est la plus haute, puis le Fuji-Yama
et le Cervin,à cause de leur forme. Le Fuji-Yama c'est la femme
et le Cervin c'est l'homme.”
© Le Temps, 2002. Droits de
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